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Vivre sous influence

 

J’entendais un jeune chanteur (français) interviewé à la radio et à qui on demandait : « En quoi croyez-vous ? ». Il répondit : « Je ne suis pas croyant, mais libre penseur. J’ai quitté les sentiers battus pour mener ma propre vie. »

C’est amusant d’entendre ça aujourd’hui. Sans doute est-il trop jeune pour reconnaître qu’il se fourvoyait. A notre époque, être agnostique ou de ne croire en rien revient à suivre les sentiers battus et non pas à les quitter. Il y a 40 ans, il aurait certainement été « libre penseur » en quittant la religion. Aujourd’hui, il est dans l’ambiance générale, ni plus ni moins. Comme (presque) tout le monde à toutes les époques, il fait ce que les autres font, il croit ce que les autres croient. Tout en étant persuadé d’être différent : c’est le jeux.

Quand j’avais 10 ans, en 1969, 50% de la population française allaient encore à l’église tous les dimanches. La grande majorité des gens se disait catholique pratiquant, se confessait, payait les messes, le denier du culte etc. Je suis donc né catholique. A quelques kilomètres de là, derrière la frontière, je serais certainement né protestant. Naître plus au sud aurait fait de moi un musulman convaincu. J’aurais récité 5 fois mes prières tous les jours, le visage orienté vers la Mecque. Je respecterais le ramadan, aurais exigé fidélité et obéissance à mon épouse, connaîtrais quelques versets du Coran par cœur. Mon cœur aurait été rempli de la haine du Juif et des Américains, tel qu’on l’enseignait à l’école et dans la société, et de la méfiance envers les pratiques de l’Occident. Attiré par les richesses de celui-ci, j’aurais peut-être franchi les frontières, et, d’années en années, influence après influence, mon jugement se serait sans doute émoussé, devenant petit à petit plus tolérant.

Si j’étais né 20 ans plus tôt, j’aurais changé mon fusil d’épaule de nombreuses fois. J’aurais été, dans la première partie de mon existence, pour la peine de mort, puis, dans les années 75-85, fermement opposé. J’aurais été contre la liberté sexuelle et l’avortement, puis pour. Né français, je n’aime pas les américains et je me méfie des anglais. Ne me parlez surtout pas de Mme Thatcher ou de Tony Blair, je ne peux pas les voir. Si j’étais né dans une famille communiste, j’aurais débuté ma carrière d’homme en tant que communiste. Puis, à la chute du mur, en apprenant ce qui s’était passé dans les pays dont j’enviais le régime, je serais devenu « j’men-foutiste » (très en vogue) ou Lepéniste, les extrêmes politiques se rejoignant bord à bord.

Si j’étais de gauche, je serais persuadé qu’embaucher un nouveau fonctionnaire, même dans une administration surpeuplée, fait un chômeur de moins. A droite, je penserais exactement l’inverse. De gauche, l’abandon du CIP puis du CPE me remplirait d’aise. Je déclarerais : « c’est une énorme victoire contre la précarité ! ». De droite, pour ou contre ces initiatives, je considérerais que le chômage est la précarité.

Si j’étais né au bord du Mississipi en 1840, j’aurais été esclavagiste. Pas de chance. Un peu plus au Nord et j’étais du bon côté. Par conviction personnelle ? Là est le problème : pas forcément. J’aurais été contre l’esclavage parce que tous autour de moi l’étaient et me convainquent dans leurs arguments qui me sembleraient être les miens depuis toujours.

Certitudes

Avez-vous déjà mis sur le tapis ces différentes considérations. Qu’est-ce qui fait ce que vous êtes ? Vous êtes agnostique ? Vous êtes contre la peine de mort, contre la libéralisation des marchés, pour le planning familial, la liberté sexuelle, la laïcité, la baisse des charges sur le carburant, la bonne bouffe ? Dans ce cas vous êtes français. Avez-vous vraiment choisi d’être ce que vous êtes ? Etes-vous toujours aussi remplis de certitudes ? Avez-vous vraiment trouvé le sens de votre vie ? Etes-vous quelqu’un de bien ? Dispensez-vous les bonnes valeurs à vos enfants ? En ferez-vous des gens bien ? Pourquoi ne serait-ce pas les autres qui ont raison ? Par quel miracle le bon sens et la raison serait-il chez nous plutôt que chez les autres, puisque nous sommes incapables d’expliquer ce que nous sommes ?

Nous nous permettons de critiquer les anglais, les américains, les évangélistes, les musulmans, les juifs et nous sommes incapables d’expliquer pourquoi nous sommes ce que nous sommes ?

Alors rassurons-nous vite : les autres font la même chose avec nous !

De tous temps, dans toutes les civilisations, les gens se sont conformés aux modes de vie et de pensées de leur environnement. La vanité de leur existence a poussé certains à prendre des voies détournées, mais se sont-ils approchés de la Vérité pour autant. Beaucoup d’ailleurs disent qu’il n’y a pas de Vérité pour ne pas avoir à la rechercher et se complaire dans leur mode de vie. Ils se sont construits des nids bien douillets qui sont devenus leur idéal. Réfléchir au sens des choses crée un déséquilibre qui ruinerait leurs certitudes. Certitudes, encore une fois, qui ne viennent pas d’eux-mêmes mais des autres.

Matrix

Le film culte Matrix résume bien la situation dans laquelle nous nous trouvons. Alors que les hommes vivent enfermés chacun dans un cocon, attendant leur dernière heure, les rêves de ceux-ci sont manipulés par un ordinateur qui leur donne le sentiment de vivre une vie réelle ensemble. Quand ils mangent, ils rêvent en fait qu’ils mangent. Quand ils savourent une saucisse de Morteau enrobée de cancoillotte chaude, ce mets délicieux a en fait été programmé par l’ordinateur dans leur rêve depuis longtemps. S’ils venaient à se réveiller, ils seraient persuadés d’avoir vécu ce que la Matrice leur a préparé.

C’est sur ces entrefaites qu’arrivent ceux qui savent. Mais nous y reviendrons.

Voulons-nous être de ceux qui enquêtent sur la raison de leur vie ou prendre la position de l’autruche pour continuer sur la voie douillette qui est la nôtre. Je vous rassure, la quête est beaucoup plus facile que prévu. Mais si le nombre de ceux qui font l’autruche est trop important, la prochaine grande manipulation qui apparaîtra au grand jour va être dévastatrice. Car la manipulation et le mal se nourrissent de la bêtise de l’homme et de son apathie.

La première des influences

La première des manipulations vient de notre capacité à nous créer des mondes imaginaires. Elle vient de ce que nous voulons croire. Par peur de sortir de notre bien-être habituel, nous nous construisons un monde aseptisé qui n’existe pas. Lorsque le monde réel fait son apparition, il est trop tard.

Le meilleur exemple est à nouveau tiré de la guerre de 1945. La grande majorité des américains ne se sentaient pas concernés par le conflit. Leurs dirigeants savaient très bien que s’ils donnaient le temps à l’Allemagne et au Japon de consolider leurs victoires sur l’Europe et l’Asie, leur tour viendrait. C’était une certitude. Le président a alors cherché à manipuler l’opinion en utilisant les médias et en grossissant certains événements capables de remuer l’opinion. Est-ce mal ? Assurément, mais retenons surtout qu’il s’agissait d’utiliser la manipulation pour contrer une autre manipulation : celle de nier un problème pour qu’il n’existe pas, qui est une séduction intérieure souvent plus dangereuse que les autres, car c’est elle qui nous laisse assis sur notre chaise au moment où il faudrait se lever et agir. Les japonais sont magnifiquement venus en aide aux dirigeants en détruisant Pearl-Harbor. Et, paradoxalement, à l’humanité toute entière.

L’Europe a connu un cheminement inverse. L’idéologie humaniste fermement ancrée chez nos dirigeants anglais et français, tous les deux de gauche à ce moment précis, leur a fait croire que le pire n’arriverait jamais. A chaque pas qu’Hitler faisait, ils s’assuraient mutuellement qu’il s’agissait du dernier. A chaque entrevue entre Chamberlain, Daladier et Hitler, nos représentants respectifs nous rassuraient sur les ambitions limitées du dictateur nazi. Et le peuple s’empressait à accepter cette forme de laxisme pour ne pas à avoir à porter la charge de la libération de l’Europe centrale.

Si français et anglais avaient déclaré la guerre en 1937 ou 38 plutôt que d’enterrer leur tête dans le sable, ils auraient eu à subir des morts, certes, mais beaucoup moins qu’en attendant le dernier moment, « des fois que ça s’arrêterait tout seul ». Et ils auraient sauvés les dizaines de millions d’hommes et de femmes qui sont tombés peu après.

Mieux, si le peuple allemand s’était intéressé à l’histoire et à la personnalité de ses candidats à la candidature, ils n’auraient jamais mis à leur tête un tel monstre. Pourtant, une certaine élite savait. Cette élite, rempli de bon sens, n’est jamais écoutée. Nous nous intéressons à autre chose. La réalité ne nous intéresse pas.

Aujourd’hui, s’il fallait demander aux français de citer 2 de leurs compatriotes qui constitue cette élite et auxquels nous pourrions nous référer en cas de besoin, ils ne comprendraient même pas la question, qui d’ailleurs ne nous a jamais été posée. Et lorsqu’ils les citeraient, ils ne nommeraient pas les bons. La vérité ne nous intéresse pas. Laissons les médias débattre pour nous et cultivons notre jardin. En appliquant une quantité suffisante de désherbant. Et n’oublions pas notre médicament du soir.

Aujourd’hui la question se pose : qu’elle est la vérité qui nous gêne tant qu’elle nous oblige à nous voiler la face pour ne pas avoir à la découvrir dans toute son horreur et nous obliger à prendre position ? La prochaine grande destruction est en préparation. Nous ne savons pas quand elle viendra, mais elle viendra : il y en a toujours eu !

Qui est le plus grand responsable des désastres de la dernière grande guerre ? Hitler ou ceux qui l’ont élu ? Qui est responsable de ces millions de morts ? Les allemands ou l’alliance franco-britannique qui aurait pu les arrêter à temps ? Assurément pas ces derniers, mais ils le sont tout de même un peu.

« La seule chose nécessaire au triomphe du mal, c'est l'inaction des gens de bien »  Edmund Burk

"Qui veut faire quelque chose trouve un moyen ; qui ne veut rien faire trouve une excuse." Proverbe arabe

"Vous ne pouvez empêcher les oiseaux de chagrin de survoler votre tête, mais vous pouvez les empêcher de faire des nids dans vos cheveux." Proverbe chinois